Publié le 17 mars 2020
Temps de lecture : 3 minutes

La Comédie de Reims : un exemple de l’architecture brutaliste française

TEXTEAMBRE ALLART
PHOTOSBENOÎT PELLETIER
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La Comédie de Reims, lieu emblématique de la vie culturelle rémoise, célébrait en 2019 ses 50 ans. Si elle est aujourd’hui un lieu bien vivant de travail et de spectacle, elle offre aussi un double témoignage : celui d’un moment charnière dans l’évolution des politiques culturelles françaises et celui d’un mouvement architectural de première importance, le brutalisme. 

Comme chacune des Maisons de la Culture édifiées en France dès 1961, celle de Reims – devenue plus tard La Comédie, centre dramatique national de Reims – s’inscrivait dans la politique de démocratisation et de décentralisation de la culture initiée par André Malraux. Ces structures multidisciplinaires, en constituant un réseau sur tout le territoire, devaient permettre au plus large public, et non plus seulement aux parisiens, l ’accès aux « œuvres capitales de l’humanité ». Espaces de confrontation avec les arts, les Maisons de la Culture étaient aussi envisagées comme des lieux de rencontre et d ’échange – un esprit d ’ouverture que souhaite perpétuer la nouvelle directrice de la Comédie, Chloé Dabert, en faisant de cet établissement une « maison pour les artistes et les publics ».

Pour la construction de la Maison de la Culture de Reims, l’État et la ville avaient alors fait appel à l’architecte Jean Le Couteur, qui prit le parti d ’édifier un bâtiment à l ’âme brutaliste.
Apparu dans les années 50, après-guerre, le brutalisme répondait à volonté architecturale de modernité et de vérité. Cela s’est traduit par la suppression de l’ornement et l’utilisation de matériaux bruts. « Il n’y a plus de langage qui rappelle les architectures antérieures, explique Giovanni Pace, architecte et président de la Maison de l’Architecture de Champagne-Ardenne. Ce courant a été magnifié par l’usage du béton armé, un matériau assez magique puisqu’il permet d’exprimer une architecture quasi sculpturale grâce à la technique du coffrage. C’est selon cette technique qu’a été construite la Maison de la Culture de Reims. On voit d’ailleurs les empreintes laissées dans le béton par les planches qui, placées les unes à coté des autres, formaient le moule. »
L’identité de l’édifice de la Comédie de Reims ne repose cependant pas seulement sur le béton, elle tient aussi à la brique qui recouvre les façades, « un autre matériau brut, dans le sens où il n’est ni enduit, ni recouvert par de la pierre. Les brutalistes privilégiaient le béton, la brique, et l’acier Corten – un acier qui rouille – car ce sont des matériaux qui gardent les traces des dégoulinures et du temps qui passe. Les brutalistes voulaient faire en sorte que le bâtiment vive et montrer la matière telle qu’elle était, avec ses qualités et ses défauts. On ne cachait rien et l’on revenait à l’essentiel. On ne peut plus rien enlever dans le brutalisme. »

Bien que la Maison de la Culture de Reims ait été bâtie dans la plus pure tradition brutaliste, Jean Le Couteur, son architecte, ne s ’est pourtant jamais revendiqué d ’aucune tendance. Son œuvre, extrêmement diverse, est davantage marquée par le rejet de toute idée préconçue et par l ’empirisme dont il fait preuve pour chaque projet, que par l’utilisation de certains matériaux ou techniques constructives.

Pour la Maison de la Culture de Reims, il conçut un bâtiment aux volumes généreux, imbriqués et polyvalents, articulés autour d’un foyer central. « La Comédie rappelle les formes courbes d’Alvar Aalto, souligne Giovanni Pace. Alvar Aalto était un architecte finlandais qui s’est beaucoup inspiré de la nature. Elle est conçue de façon organique, c’est-à-dire par petits bouts, comme si l’on mettait des organes les uns à coté des autres pour que le bâtiment prenne vie. C’est une architecture qui donne l’impression que l’air passe. Ce n’est pas un bloc, ça vit. »

Un sentiment de vie accentué par le jeu de lumière qui baigne l’intérieur du bâtiment. « Jean Le Couteur a traité les façades avec des trames en béton de grande hauteur, sortes de ventelles verticales, qui permettent d ’amener une lumière filtrée. Cela donne un bâtiment fait d’ombres et de lumière. Le foyer est déjà un théâtre en soi. »

La Maison de la Culture de Reims répond à un désir de pureté, d’honnêteté de la structure et de la matière, à la fois propre au brutalisme mais aussi caractéristique de l’ensemble de l ’œuvre de Jean Le Couteur. Disparu peu après les années 70, le brutalisme reste aujourd’hui un courant architectural très important – reflet de son temps – ainsi qu’une grande source d ’inspiration pour les architectes de notre époque sensibles à l’esthétique minimaliste.

lacomediedereims.fr