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Cécile Gray, Archi mode

En avril 2018, Cécile Gray remportait le Prix du Public de la Villa Noailles dans la catégorie « créateur d’accessoires de mode ». Un changement de vie aussi brutal que réussi pour cette styliste en herbe, encore en poste comme architecte un an plus tôt. Cette fulgurante ascension confirme son choix de reconversion et nous révèle une créatrice aux multiples inspirations.

Le festival international de mode, de photographie et d’accessoires de mode à Hyères se déroule chaque année au printemps, avec la vocation de soutenir la jeune création. Depuis quelques années, une nouvelle catégorie a fait son apparition dans le palmarès, consacrée aux accessoires. Un timing de choix qui a permis à Cécile Gray d’y exposer sa collection de « bijoux-vêtements », dont le nom résonne comme une promesse : Initiale(s). Mais pour parvenir à cette concrétisation, la jeune créatrice a dû s’armer de courage. Si elle a toujours nourri une passion pour le stylisme, le choix de la raison l’avait emporté, la guidant vers un cursus d’architecte, permettant d’allier créativité et sécurité. C’est en 2016 qu’elle décide d’aller au bout de cet idéal, et s’inscrit l’année suivante dans une école de mode, l’Atelier Chardon Savard à Paris. Une remise en question, un pari sur l’avenir, qui s‘est soldé par le Prix du Public lors du festival de Hyères 2018.

© Cécile Gray

C’est lors de cette année en école qu’elle développe sa collection de « bijoux-vêtements », initiée peu de temps avant son intégration. Censés agrémenter un vêtement, les bracelets, colliers et autres boucles d’oreilles se font ici les éléments clés de la tenue, tandis que le tissu se fait à son tour accessoire. À partir de fils d’acier doré qu’elle tisse, Cécile Gray va constituer une maille en les réunissant par des points de jonction. Elle n’hésite pas à jouer sur les échelles (certaines pièces atteignent ainsi plus d’un mètre), sur les textures ou les volumes, faisant varier leur amplitude en fonction de la tension opérée entre les éléments. Le bijou une fois porté se plie alors aux mouvements du corps, accompagne le galbe tout en apportant une structure à la silhouette. Le résultat est sans appel, saisissant autant par son esthétique que par son concept. Libre au spectateur d’y voir alors davantage un bijou, un vêtement ou un objet d’art tant ces derniers suscitent l’imaginaire. Nourries par des références en art et en mode, ces pièces sont avant tout au reflet de leur créatrice. « Elles racontent vraiment mon histoire » nous explique Cécile Gray. L’histoire d’une architecte devenue styliste.

Tout en appréhendant de nouvelles techniques, elle a su conjuguer au présent son expertise passée. Que ce soit pour la conception (pensée en termes de contexte, d’espace, de besoin et de faisabilité), pour le choix des matériaux (le métal, le verre), ou pour la réalisation (logiciel d’architecture ou de modélisation pour les dessins et maquettes), l’architecture est une des composantes premières dans le travail de Cécile Gray.

© Gabrielle Gray
© India Lange
© Will and Joan
© Cécile Gray

Une marque, voire une signature désormais, qu’elle affirme jusque dans son pseudonyme, Gray, subtile mélange qu’elle emprunte à la fois à la styliste Madame Grès, à l’architecte Eileen Gray, mais aussi, de façon plus romanesque, au Portrait de Dorian Gray d’Oscar Wilde. Hors cadre, cette démarche hybride l’empêche de se cantonner à un domaine de prédilection unique, et lui permet d’imaginer le futur post-Villa Noailles sous un spectre toujours plus large mais encore à définir. Si le Prix du Public a permis un coup de projecteur sur la créatrice et son travail, multipliant les rencontres et les nouvelles propositions en France comme à l’international, ce désir à peine atteint se transforme aussitôt en une première étape, un tremplin à saisir. Qu’il s’agisse d’une collection de vêtements, d’une déclinaison de ses bijoux, d’une création de marque, du montage d’une exposition ou d’une installation artistique, les idées de projets ne manquent pas, dans la mode mais pas seulement…

cecilegray.fr
@cecile_gray

© Gabrielle Gray

La Comédie de Reims : un exemple de l’architecture brutaliste française

La Comédie de Reims, lieu emblématique de la vie culturelle rémoise, célébrait en 2019 ses 50 ans. Si elle est aujourd’hui un lieu bien vivant de travail et de spectacle, elle offre aussi un double témoignage : celui d’un moment charnière dans l’évolution des politiques culturelles françaises et celui d’un mouvement architectural de première importance, le brutalisme. 

Comme chacune des Maisons de la Culture édifiées en France dès 1961, celle de Reims – devenue plus tard La Comédie, centre dramatique national de Reims – s’inscrivait dans la politique de démocratisation et de décentralisation de la culture initiée par André Malraux. Ces structures multidisciplinaires, en constituant un réseau sur tout le territoire, devaient permettre au plus large public, et non plus seulement aux parisiens, l ’accès aux « œuvres capitales de l’humanité ». Espaces de confrontation avec les arts, les Maisons de la Culture étaient aussi envisagées comme des lieux de rencontre et d ’échange – un esprit d ’ouverture que souhaite perpétuer la nouvelle directrice de la Comédie, Chloé Dabert, en faisant de cet établissement une « maison pour les artistes et les publics ».

Pour la construction de la Maison de la Culture de Reims, l’État et la ville avaient alors fait appel à l’architecte Jean Le Couteur, qui prit le parti d ’édifier un bâtiment à l ’âme brutaliste.
Apparu dans les années 50, après-guerre, le brutalisme répondait à volonté architecturale de modernité et de vérité. Cela s’est traduit par la suppression de l’ornement et l’utilisation de matériaux bruts. « Il n’y a plus de langage qui rappelle les architectures antérieures, explique Giovanni Pace, architecte et président de la Maison de l’Architecture de Champagne-Ardenne. Ce courant a été magnifié par l’usage du béton armé, un matériau assez magique puisqu’il permet d’exprimer une architecture quasi sculpturale grâce à la technique du coffrage. C’est selon cette technique qu’a été construite la Maison de la Culture de Reims. On voit d’ailleurs les empreintes laissées dans le béton par les planches qui, placées les unes à coté des autres, formaient le moule. »
L’identité de l’édifice de la Comédie de Reims ne repose cependant pas seulement sur le béton, elle tient aussi à la brique qui recouvre les façades, « un autre matériau brut, dans le sens où il n’est ni enduit, ni recouvert par de la pierre. Les brutalistes privilégiaient le béton, la brique, et l’acier Corten – un acier qui rouille – car ce sont des matériaux qui gardent les traces des dégoulinures et du temps qui passe. Les brutalistes voulaient faire en sorte que le bâtiment vive et montrer la matière telle qu’elle était, avec ses qualités et ses défauts. On ne cachait rien et l’on revenait à l’essentiel. On ne peut plus rien enlever dans le brutalisme. »

Bien que la Maison de la Culture de Reims ait été bâtie dans la plus pure tradition brutaliste, Jean Le Couteur, son architecte, ne s ’est pourtant jamais revendiqué d ’aucune tendance. Son œuvre, extrêmement diverse, est davantage marquée par le rejet de toute idée préconçue et par l ’empirisme dont il fait preuve pour chaque projet, que par l’utilisation de certains matériaux ou techniques constructives.

Pour la Maison de la Culture de Reims, il conçut un bâtiment aux volumes généreux, imbriqués et polyvalents, articulés autour d’un foyer central. « La Comédie rappelle les formes courbes d’Alvar Aalto, souligne Giovanni Pace. Alvar Aalto était un architecte finlandais qui s’est beaucoup inspiré de la nature. Elle est conçue de façon organique, c’est-à-dire par petits bouts, comme si l’on mettait des organes les uns à coté des autres pour que le bâtiment prenne vie. C’est une architecture qui donne l’impression que l’air passe. Ce n’est pas un bloc, ça vit. »

Un sentiment de vie accentué par le jeu de lumière qui baigne l’intérieur du bâtiment. « Jean Le Couteur a traité les façades avec des trames en béton de grande hauteur, sortes de ventelles verticales, qui permettent d ’amener une lumière filtrée. Cela donne un bâtiment fait d’ombres et de lumière. Le foyer est déjà un théâtre en soi. »

La Maison de la Culture de Reims répond à un désir de pureté, d’honnêteté de la structure et de la matière, à la fois propre au brutalisme mais aussi caractéristique de l’ensemble de l ’œuvre de Jean Le Couteur. Disparu peu après les années 70, le brutalisme reste aujourd’hui un courant architectural très important – reflet de son temps – ainsi qu’une grande source d ’inspiration pour les architectes de notre époque sensibles à l’esthétique minimaliste.

lacomediedereims.fr

Le microfolio d’Amandine Giloux

Une nouvelle approche de la photo « food » avec la directrice artistique Amandine Giloux qui nous propose des images « cinématographiques » et « storytellées » de produits qui deviennent les acteurs d’un scénario écrit sur mesure. Cette graphiste, à la palette plutôt large, a eu l’idée de cette série en observant la fascinante sophistication qu’apporte le genre humain à une fonction physiologique de base : manger. Elle a eu envie d’en faire des images très ludiques qui trouvent leur place à côté de l’imagerie traditionnelle de plats ou de produits. Ce faisant elle renouvelle le genre et ouvre des portes en direction de clients « food » qui lui donneront sans doute l’occasion de développer cette vision très originale. Un pas de côté healthy à base de produits frais dans sa vie de graphiste.

www.lasaveurduneimage.com
www.agil.studio

Marthe Cresson, Le design chevillé au corps

Marthe Cresson a fondé sa marque bijoux il y a près de deux ans. Ses créations intemporelles et délicates jouent avec les formes courbes et rigides, les variations de volume, les contrastes de matières et de surfaces; une conception du bijou qui s’apparente plus à la sculpture qu’à l’accessoire de mode.

C’est après des études en design produit que Marthe Cresson s’est dirigée vers le bijou. « Il y a avait un côté sculptural dans le bijou qui m’intéressait davantage. Le côté fonctionnel et industriel du design produit était un peu trop froid à mon sens. » Elle choisit pour se former, la seule école à Paris orientée bijou contemporain, l’Afedap. « C’était vraiment une ouverture aux différents matériaux. La bijouterie classique et les pierres ne m’intéressaient pas trop. » Pendant deux ans, elle y apprend à fabriquer le bijou et à manipuler le métal, un matériau devenu essentiel pour ses collections puisqu’il s’avère être le plus facile d’approche pour construire en volume, fonctionnant bien avec le corps, et offrant la possibilité de le déformer, de le souder, de jouer avec ses aspects de surface. Suite à l’Afedap, elle continue son cursus à la HEAD de Genève, pour acquérir en maturité et élargit encore son champ de vision en expérimentant d’autres matériaux comme le bois et la céramique.

À la fin de ses études, Marthe Cresson intègre le bureau de création de la maison de joaillerie Boucheron. « Bien que j’ai pu y apprécier la joaillerie, ça m’a confortée dans mes choix de faire du bijou contemporain. Là-bas, on est beaucoup dans le dessin. L’idée, on la dessine. Alors que moi je suis beaucoup plus maquette et expérimentation en 3D. Ça m’a donc encouragée à aller vers mon idée première : travailler directement la matière et ne pas être focalisée sur la mise en valeur des pierres mais sur la mise en valeur des matériaux, des formes et des jeux que l’on peut créer entre eux. »

À l’issue de cette expérience, elle mène pendant un an et demi, un travail de recherche, définit son identité, et aboutit en janvier 2018 à la création de sa marque. « J’essaie de faire des objets intemporels, je veux qu’ils aient leur force sans qu’ils aient une identité trop marquée. Je ne suis pas dans l’esprit mode. » Coté inspiration, Marthe Cresson avoue presque timidement : « Je vais plus puiser mon inspiration chez Leroy Merlin qu’en regardant mes camarades bijoutiers. Je m’inspire beaucoup des procédés mécaniques » ; nous laissant entendre que ses études en design industriel ont eu une forte influence sur son travail. « Quand j’évoquais ‘le coté froid’ du design produit, je faisais référence au côté un peu trop fonctionnel, quand on oublie le coté ‘sensible’ . À l’inverse, j’aime beaucoup le travail des designers qui parviennent à concilier ces deux aspects en apportant une personnalité propre à chacun de leurs objets, comme Gaetano Pesce ou Marianne Brandt. »

Cette recherche continue du « sensible » a mené Marthe à introduire dans ses bijoux le verre soufflé, un matériau rencontré durant ses études et pour lequel elle a eu un coup de cœur. « Ce que j’aime c’est son côté aléatoire. Avec le même geste, le même souffle à chaque fois, la bulle se forme toujours différemment ; c’est quelque chose que je trouve magique. On voit vraiment la matière vivre par elle-même. » Marthe, qui travaillait auparavant avec une souffleuse de verre, a suivi une formation pour pouvoir pratiquer le geste elle-même, le procédé restant accessible grâce aux petites dimensions du bijou.

Les pièces en verre soufflé de Marthe Cresson traduisent subtilement l’ensemble de la démarche créative dans laquelle elle s’inscrit : ses bijoux sont conçus comme des sculptures, à la simple différence qu’elles sont à porter sur soi.

marthecresson.fr
@marthe_cresson

Julie Richoz, Designer nomade

L’art de la laque à Taïwan, le tressage de la palme au Mexique, le tissage de la laine au Maroc ou encore le soufflage du verre à Marseille : c’est dans l’artisanat traditionnel issu de multiples cultures que Julie Richoz puise son inspiration de designer d’objets. Des savoir-faire ancestraux, loin de la performance technologique ostentatoire, qui lui permettent de créer des objets délicats et poétiques dont la modernité s’ancre dans l’histoire du beau geste et de l’environnement domestique.

Une naissance en Suisse près de Lausanne, une enfance passée en France à Evian puis à La Rochelle ; d’aussi loin qu’elle se souvienne Julie Richoz a toujours eu le goût des arts appliqués. « J’aurais été aussi heureuse à faire du graphisme, de l’architecture ou même de la mode, explique-t-elle. Si j’ai choisi finalement le design d’objets c’est pour la variété des possibles. Il y a une palette très étendue dans ce domaine, entre le travail sur le volume, les matières, les assemblages de surfaces, les couleurs… Et c’est un métier qui nécessite d’être en relation avec d’autres personnes, des industriels ou des artisans notamment. »

En 2012, fraîchement diplômée de l’école cantonale d’art de Lausanne (Ecal), elle décroche le Grand Prix du festival Design Parade à la Villa Noailles pour son projet de fin d’études : des corbeilles en métal souple dont la conception mêle déjà technique industrielle – avec la découpe chimique – et artisanat, avec une mise en forme manuelle.

S’en suit une collaboration avec le designer Pierre Charpin avant la création de son propre studio où la jeune femme nourrit son éclectisme et étoffe son champ des possibles. « Mes projets débutent par des recherches autour des dessins et des maquettes en papier, et quelques fois avec la modélisation 3D également », explique-t-elle. À force de réflexion et de croquis arrive l’instant précieux où la jeune designer sait qu’elle est sur la bonne voie et qu’il faut passer à l’étape plus concrète de la production.

« Ce qui fait la cohésion d’un objet est le rapport entre son dessin et sa conception. Il faut comprendre la façon dont il est fabriqué pour que tout s’entrelace de manière fluide. Je suis contente de ne pas être spécialiste de telle où telle matière, cela me permet de proposer des approches différentes et singulières. » Ainsi, quand en 2013, peu après son diplôme, elle initie une résidence avec le Centre international de recherche sur le verre et les arts plastiques (Cirva) à Marseille, elle conçoit la série des « vases-oreilles » dont une partie était en verre soufflé, l’autre partie en fusion : « un petit challenge pour les souffleurs de verre qui ont dû chercher la bonne solution pour réaliser l’objet », s’amuse-t-elle. Quelques années après, Julie Richoz recevra  le prestigieux Swiss Design Award notamment pour ses vases qui ont intégré la collection du Museum für Gestaltung à Zurich.

La noblesse de l’objet
Luminaires, tapis, vases, mobiliers, bijoux, Julie se joue des formes et des matières pour créer des objets fluides et presque familiers comme construits pour apaiser le quotidien. « Le plaisir qu’offre un objet tient dans le détail d’une courbe, d’un émail sur une céramique qui induit une profondeur particulière, un jeu avec la lumière… Il y a le plaisir propre à la plasticité d’un objet », souligne-t-elle.

En 2017, c’est au Mexique qu’elle s’installe pour une résidence de plusieurs mois à la Casa Wabi, une maison d’artistes fondée par le plasticien Bosco Sodi. « Un endroit très méditatif et inspirant, connecté avec les communautés d’artisans locaux » dont des tresseurs de feuilles de palme avec qui Julie réalise des paravents. « En occident la création d’objet est souvent liée à la prouesse technique ou technologique, j’ai découvert au Mexique ces fabrications qui sont très liées à la vie quotidienne avec une façon simple de produire des objets dans une économie locale. Simple et économique mais qui impose au fond beaucoup de sens et d’esthétisme. »

Nouvelle étape à cette inspiration nomade, c‘est au Maroc auprès de tisseurs de tapis berbères que la jeune femme travaille en ce moment à ses prochaines créations.

« Ce qui m’intéresse le plus dans l’objet est qu’il soit une sorte de médiateur, qu’il crée du lien. Ces voyages auprès d’artisans m’ont appris qu’on pouvait faire des choses très belles dans la simplicité. Et c’est la noblesse de l’objet que de s’insérer simplement dans l’environnement domestique. »

julierichoz.com
@julierichoz

Dans les champs de vision de Valentine Gauthier

La fondatrice de la marque de vêtements éponyme nous a ouvert les portes de ses locaux parisiens, et permis d’explorer avec elle le détail de sa vision. Un échange passionnant avec une personnalité pétillante et sans détour.

On entre dans un appartement, au premier étage d’un immeuble Haussmannien, boulevard Beaumarchais à Paris. Décoration soignée, avec un « non-ostentatoire » revendiqué, mais le confort est là, et le goût des objets sensibles, ainsi que la volonté manifeste de laisser parler l’élégance naturelle des matériaux, aussi. Du bois, des couleurs sourdes, un plan simple, mais les matières sont choisies, la lumière travaillée. Une association de matériaux bruts et délicats qui fait sens et qui va s’avérer en parfaite cohérence avec le positionnement global de la créatrice et de sa marque.

Sur la gauche, une table de travail accueille 5 ou 6 personnes, des jeunes femmes, qui échangent derrière leurs écrans. Deux responsables boutique et deux personnes à l’administratif complètent cette équipe. L’ambiance est décontractée. Dans la pièce principale, un long portant  fait face à un grand miroir appuyé sur le mur et indique la fonction qu’occupe aujourd’hui le lieu : il s’agit d’un showroom, celui de la créatrice de mode Valentine Gauthier. Un lieu, qui diffère d’une boutique ouverte au grand public, conçu pour recevoir des acheteurs professionnels (boutiques, réseaux de distribution, etc.). Le reste du temps, cet espace prend la forme d’un lieu de vie, presque comme un appartement, où l’équipe organise des rencontres d’artistes et de chefs cuisiniers autour de thèmes, de découvertes et de prises de parole.

La voici justement qui apparaît. Elle ne doit pas avoir atteint la quarantaine. Approche franche et détendue, très souriante, regard rieur. Le personnage a l’air plutôt ouvert et facile d’accès.

Résumé des épisodes précédents
Au tout début, nous avons une petite fille du sud qui grandit avec des parents évoluant dans le milieu de la formule 1 (son père était metteur au point et pilote d’essai F1 sur le circuit Paul Ricard ; sa mère travaillait pour l’école de pilotage Winfield).  Une période qui lui évoque plus la liberté des grands espaces naturels du plateau du Castellet que les odeurs de mécanique. Devenue jeune femme, elle obtient un diplôme en géo-ethnologie qui la destinait à une carrière d’ingénieure en écologie. Elle aborde ensuite un léger virage créatif en entrant à l’Atelier Chardon Savard, une école de mode, malgré la crainte de ses parents de la voir évoluer dans ce milieu. La peur est manifestement une question de point de vue. Elle poursuit son apprentissage en travaillant chez Rochas ainsi que dans l’atelier de la ligne artisanale de la Maison Martin Margiela, dont elle retiendra beaucoup.

Au commencement, la croisière s’amuse.
L’histoire de sa marque commence vraiment en 2006 grâce à une petite période de remise en question. Alors qu’elle subit le contrecoup de l’abandon prématuré d’un projet très avancé (la direction artistique d’un concept store) qu’elle quitte juste avant son lancement, après l’avoir entièrement conçu, Valentine, éprouvant le besoin de se vider la tête, fait le choix, potentiellement inattendu, de passer des jours à visionner des épisodes de « La croisière s’amuse »… Rien n’étant jamais complètement perdu pour les âmes créatives, la série lui inspire une collection – nommée « love boat » – qu’elle décide de présenter au Festival International des Jeunes Créateurs de Mode de Dinard. Elle emporte la mise, à la faveur d’un jury présidé par un Gaspard Yurkievich, assez client du positionnement arty et un peu barré de sa proposition. Après plusieurs années d’expériences à différents endroits du business de la mode, et une période de questionnement sur quoi faire et pourquoi, elle vit comme un signal la reconnaissance de ce prix prestigieux et décide qu’il est temps de passer à l’action : lancer sa propre marque. Et qu’importe si, de l’esquisse d’une collection à une collection complète il y a un grand pas, si les banques préfèrent passer leur chemin, si la notoriété publique fait totalement défaut, et si cette idée saugrenue surgit peu avant la crise de 2008 qui va clairsemer les rangs des designers indé et des petites marques créatives. Elle sent que l’important, l’urgence, est de faire. De monter dans le train de sa propre vie car il passe maintenant et qui sait s’il repassera demain.

Portée par la main de velours du destin qui sait parfois se montrer compatissante, elle réussit à réunir assez d’argent (Love Money + Business Angel) pour ouvrir, from scratch, sa propre boutique, au 58 rue Charlot, Paris 3ème.

Un pari plutôt « testostéroné » en cette période économiquement trouble, mais qui lui permet d’entrer au contact de sa cliente, d’éprouver avec elle les bases de ses intuitions, de percevoir la justesse de sa vision créative et de la confronter avec une réalité économique qui, jamais, ne peut être mise de côté car elle est synonyme de survie, ou mieux, de liberté, un mot qui vient souvent à l’esprit quand on tire le fil de notre conversation.

C’est l’époque où elle pose les bases de son style et entrevoit qu’il peut trouver une place spécifique. Un style fait de l’association/confrontation entre des pièces ou matières très « brutalistes » * et des pièces/matières très sophistiquées et précieuses. À ce combo, ajoutez un soupçon de pièces « boyish » **, une pincée d’imprimés fleuris délicats, écartez toute « girlitude », finalisez avec une touche sexy et vous obtenez du Valentine Gauthier – pour peu que ce soit la patronne en personne qui s’occupe de votre recette. Car tout est affaire de réglages, de dosages, d’inspiration créative.

Processus créatif : déployer et maintenir une vision
Elle a trouvé un ton que, d’années en années, il lui faut à la fois enrichir et renouveler, tout en maintenant lisible une ligne claire qui l’identifie et envoie un signe de reconnaissance à ses clients. Comme elle le dit elle-même, ses vêtements sont « portables » et s’inscrivent dans le vestiaire de la vraie vie. Une partie de ses clientes viendra picorer des pièces qui vont « enjailler » leur uniforme. Une autre viendra chercher le basique quali à la mode Valentine. Une troisième sera accro au total look. Mais toutes auront identifié un ton qui, de collection en collection, revêt une certaine forme de permanence. C’est cet exercice de permanence renouvelée qui est le plus difficile pour un créatif. Il nécessite de se placer dans la posture schizophrène du créateur porté par un vent de fraîcheur spontané et dans celle de son juge impitoyable. Etre à l’intérieur du geste créatif, et en sortir pour vérifier son bon réglage.

Ce travail est une dimension importante de l’activité de création de Valentine ; son style, étant, par nature, à la fois composite et constant. Elle a clairement une posture de directrice artistique, qui va sentir un « goût » et qui va actionner tous les curseurs permettant aux vêtements d’approcher une vision globale capable de se déployer sur n’importe quel sujet, par opposition au pur designer qui va créer des objets, même si l’on parle de vêtements. Elle a d’ailleurs déjà collaboré avec des marques comme Monoprix ou Sarenza, pour des souliers ou de la déco. Ce sont des nuances fines, mais qui en disent beaucoup sur la réalité du travail créatif.

Processus créatif : faire feu de tout bois
Pour y parvenir, tous les moyens sont bons, la difficulté principale étant de transmettre cette vision à son équipe qui va concrètement la mettre en musique, et rebondir, sur ses idées. Elle les dessine, les raconte. Elle montre des matières, décrit des ambiances, esquisse des coupes ou des détails. Peu à peu, l’idée s’affine, le dessin se fait technique. Il y a des passages obligés, des pièces ou des matériaux dont on n’a pas l’idée ou l’impulsion créative, mais sans lesquels la collection ne sera pas complète. Valentine doit se discipliner, accepter de se plier avec plaisir à un exercice qui n’est pas aussi naturel que d’autres. C’est le cas des imprimés. Ce n’était pas particulièrement son intention première, mais elle a senti que les clientes étaient demandeuses, qu’elles y voyaient une cohérence. Elle s’y est mise et a réussi à développer, au fil des saisons, des pièces en imprimés qui rencontrent du succès et qui s’intègrent très naturellement dans le flux des collections. Elle reste à l’écoute de ses clientes, évalue ce qu’elle sent de leur retour, et fait de ce dernier un paramètre de la création.

Valentine a une vision très globale, et on sent bien que créer des vêtements n’est potentiellement qu’une partie de ses préoccupations. On la sent tout autant concernée, par exemple, par l’artisanat (elle a ouvert une galerie, « Holism », dédiée à ces thématiques, à côté de sa boutique) et, bien sûr, par les questions environnementales.

L’éco-responsabilité au cœur de son environnement
Valentine Gauthier souhaite, depuis ses débuts, inscrire sa création dans la démarche la plus durable possible. Elle porte beaucoup d’attention au sourcing et aux conditions de travail des ateliers qui produisent pour elle. Elle essaie de faire de chacun d’entre eux, un partenaire qui voit s’installer une relation sur le temps long. La production se fait en Europe et en petites séries avec des partenaires spécialistes et engagés dans une démarche sociale et environnementale.

Si elle est très concernée par l’aspect environnemental, elle n’est pas non plus une apparatchik ; elle est avant tout une créatrice, qui voit son business avec réalisme. Elle essaie de concilier plusieurs contraintes dont son souhait d’abîmer la planète le moins possible, sans angélisme. La gamine qui courait dans la garrigue sur le plateau du Castellet voudrait juste que ses enfants puissent y croiser les mêmes animaux et y sentir les mêmes odeurs.

Elle a beaucoup affirmé son positionnement « éco-responsable » à ses débuts, puis elle a cessé de le faire, le jugeant contre-productif. Depuis quelques années, elle y revient, la conscience écologique collective grandissant. Sur son site, on peut lire des détails assez précis sur l’origine et les conditions de production – au-delà de l’écologie – de chaque matériau. Elle regarde d’un œil un peu désabusé l’ombre du green-washing progresser. Ce n’est pas à ses yeux un phénomène en soi, ce qui l’est « c’est qu’on nous raconte n’importe quoi ». Au fond, ce n’est pas son sujet toute cette mode autour de l’environnement, même si elle se sent concernée au premier chef. Son sujet c’est de déployer une vision qu’elle a du monde et d’associations d’univers sensibles qui, en se croisant, recréent une harmonie. Et ça passe bien sûr par une planète dans le meilleur état possible. Simple question de bon sens, son fer de lance.

Business durable
Pas toujours évident de concilier ses ambitions éco-responsables, créatives et économiques. S’inscrire dans une démarche éco-responsable est par définition moins rentable, et donc plutôt un facteur de fragilité. Surtout quand on n’est pas accompagné par un groupe aux reins solides. Valentine Gauthier est majoritaire au sein de sa société (il y aussi un associé dormant – et bienveillant – qui a permis le démarrage de l’aventure et dont les parts sont toujours là). Ce n’est pas vraiment une commerciale, elle peut convaincre de sa vision, mais elle du mal à vendre pour vendre. Elle est peut-être passée à côté d’occasions de faire un peu d’argent, mais au fond, elle s’en fiche. Elle sent bien qu’il faudrait échafauder une vraie stratégie économique, et sans doute, s’adosser à un grand groupe pour anticiper un développement qui serait une sécurité pour l’avenir. On devine que ces questions tournent de temps à autre dans sa tête. On devine aussi qu’elle a envie de les mettre de côté car passer ce genre de cap signifie sans doute changer de métier. Pas sûr qu’elle en ait envie. Et si changement il devait y avoir, ce serait plutôt pour faire tout à fait autre chose : un projet plus global autour d’une vision à 360° de l’art de vivre.

Sa marque est un projet qui reste complètement auto-produit. D’un point de vue économique, il est plutôt artisanal. C’est à la fois un facteur d’inquiétude : elle est seule et potentiellement fragile, mais aussi une belle satisfaction, car avec sa petite équipe, elle a tout construit, à la force du talent. La marque existe depuis 10 ans, elle est toujours là, et surtout, elle est libre.

* un terme d’architecture qu’elle emploie souvent, qui décrit le rejet de l’ornementation et qui choisit de laisser parler la simple nature du matériau.
** bien que n’ayant pas encore développé de collection hommes, certains d’entre eux achètent ses vêtements.

88 boulevard Beaumarchais
75011 Paris
valentinegauthier.com
@valentinegauthierofficiel

Alex Palenski, Chorégraphies sur courant d’air

À l’image de Calder, qu’il a découvert sur le tard, il réalise des mobiles et stabiles de métal en petits ou très grands formats. Tout à la fois artiste et artisan, il est l’une des figures montantes du design contemporain.

Alex Palenski a de qui tenir. Celui qui se définit lui-même comme un « artisan du métal » plus que comme un artiste, est le petit-fils d’un designer qui, déjà, travaillait le même matériau. « J’ai ces souvenirs très présents de séjours chez mon grand-père, de son atelier avec de très grosses machines qui s’apparentaient à celles que l’on trouvait alors dans l’industrie. Je me souviens très bien des sons, des différentes matières qu’il utilisait et transformait. » Pourtant, c’est d’abord vers le bois qu’Alex Palenski se tourne. Âgé d’une vingtaine d’années, il utilise ce matériau qu’il trouve simple à aborder, pour sculpter et créer des objets. « Le métal me paraissait difficile à travailler, je ne l’ai approché que plus tard en me formant sur le tas. J’ai développé des techniques personnelles et c’est ainsi que j’ai pu trouver mon style. » Il commence alors à créer des mobiles, mêlant des miroirs à des tiges de cuivre. Puis un jour, une révélation, une exposition consacrée à Calder au Centre Pompidou. Étonnamment, même dans une famille largement ouverte sur les arts – sa mère est peintre et restauratrice de tableaux –, jamais Calder ne s’était retrouvé dans son champ de vision. « Quelque chose m’a parlé intimement. J’ai aimé cette recherche sur l’équilibre. Et je me suis dit que je pouvais le faire moi aussi, que c’était possible, que je pouvais creuser cette voie. » De retour chez lui, il reprend ses recherches. Il découpe des formes invitées à se mouvoir ensuite dans l’espace. « J’aimais découper l’acier, agencer les différentes pièces. Mes premiers mobiles, je les ai réalisés avec des métaux très simples, peu onéreux, pour 10 ou 15 euros. Il y avait là, pour moi, le plaisir simple de faire soi-même. N’ayant jamais suivi de formation en art ou en métallerie, je me suis formé seul au fur et à mesure et j’ai dû trouver en moi-même les ressources pour combler un manque de technique, d’outillage ou de moyens financiers. Ce parcours d’autodidacte m’a permis de développer un style personnel aux techniques propres en réalisant moi-même toutes les étapes de mes projets. »

Un vocabulaire personnel
Alex Palenski est sculpteur en métal direct. Il s’inscrit ainsi dans les traces de Picasso, Gargallo, Pevsner, Calder qui ont inventé la sculpture par assemblage, avec le cuivre, le laiton, l’aluminium, le fer, l’acier, l’inox… Aujourd’hui, il produit deux types de mobiles : les premiers sont de petits formats. Ils ornent les intérieurs et s’apparentent à des bijoux, ciselés avec une grande précision. Les seconds, sont de très grands formats. Réalisés sur commande, ils sont ensuite installés sur site. « J’aime les voir se confronter à la nature, aux saisons, au temps qui passe. Je suis très attentif à la manière dont ils captent la lumière, dont ils entrent en interaction avec l’air. » Traitées avec une peinture anti-corrosion, ces sculptures mobiles extérieures ne “ bougent ” pas, à la différence d’autres sculptures, dont il apprécie de voir, au fil du temps, la patine naturelle transformer la façon dont elles jouent avec la lumière.

« Pour mes pièces d’intérieur, toutes les formes – que ce soit le socle ou les pales – sont obtenues à partir d’éléments initialement plats (tôles) que je travaille par pliage, cintrage, martelage jusqu’à obtenir le volume, la dynamique et la légèreté désirée, résume Alex. En excluant toute autre matière que le métal (aucune peinture, aucun vernis) pour exploiter uniquement la brillance obtenue par le polissage, j’ai cherché à créer un objet capable de capter et révéler deux éléments essentiels à ma vie, à la vie : l’air et la lumière. » Il le reconnaît, lorsqu’on réalise des mobiles en métal, il est impossible de se détacher de l’influence d’Alexander Calder. « J’ai cependant suivi ma propre voie en développant un vocabulaire personnel de formes en volume créées d’une manière unique et de matériaux simples que j’essaie de rendre précieux. »

Équilibres
Pour Alex Palenski, le mobile est le point culminant où fusionnent les différentes propriétés du métal : la légèreté, la finesse et en même temps, la solidité de la structure. Il s’est imposé à lui comme une évidence : travailler les équilibres, les masses, les formes, mais aussi le jeu de ces formes dans l’espace ; le challenge de traduire en mouvement réel tous les calculs réalisés en atelier…

Alex dispose de deux espaces pour travailler : l’un, à Paris, est « un vrai atelier d’artiste » où il réalise ses mobiles de petits formats et quelques découpes. L’autre, c’est celui de son grand père, « avec de grosses machines, des enclumes, du bruit ». Deux ambiances aux antipodes l’une de l’autre. À Paris, son atelier s’apparente à l’antre d’un orfèvre, calme, lumineux, tandis que dans celui de son grand-père, il s’équipe des mêmes protections que les ouvriers de la sidérurgie, manie la scie à métaux, le marteau et le fer à souder. C’est là, qu’il façonne aussi les socles de ses sculptures de métal. Aujourd’hui, les mobiles d’Alex Palenski voyagent à travers le monde. Ils figurent dans des galeries à New York, Rio, Moscou, Taïwan, Londres mais aussi à Paris, où ils seront présentés jusqu’au 6 juin 2020 à la Galerie Samagra (52 rue Jacob, 75006).

alex-palenski-mobiles.com
@alexpalenski
galeriesamagra.com

Le microfolio d’Alexis Job : graphiste / DJ / producteur

Un passé de graffeur assez actif et son corollaire d’addiction pour les typos bien troussées, un présent de graphiste chez un architecte (AWO), un goût prononcé pour le « glitch art » (qui utilise les erreurs ou les défauts comme un matériau artistique à part entière), et surtout le besoin d’une vision globale son/image.

Instagram Indigo Persona

Alexis Job produit avant tout les visuels de sa musique. Bien sûr, ce membre du collectif La Forge et du label Lune, a été amené à designer pour d’autres. Il en résulte des images qui nous sont restées durablement dans l’œil comme la cover de Slowglide ou les affiches des soirées OUTRUN. Good Job.

O-S Architectes au théâtre de Cachan

Une tournure d’esprit qui tient plus du constructeur que de l’artiste, voilà ce qui pourrait résumer la philosophie du trio de jeunes hommes à la tête des « Ateliers O-S Architectes ». Depuis 2002 Vincent Baur, Guillaume Colboc et Gaël Le Nouëne multiplient les projets ambitieux particulièrement remarqués, avec une constante énergie à créer des volumes à l’échelle humaine et pensés avant tout pour l’usager. Au dernier trimestre 2018 après quatre ans de travaux, ils livraient aux habitants de Cachan un théâtre entièrement réhabilité. 

C’est au programme Erasmus que les « Ateliers O-S Architectes » doivent leur existence. Un séjour d’étude à Rotterdam réunit les trois architectes qui jusqu’alors suivaient leurs études respectivement à Paris, Montpellier et Lille. « Nous nous sommes retrouvés autour de valeurs communes : la sobriété, la rigueur, l’exigence, l’envie d’être inventifs, de développer une architecture de qualité et en même temps une architecture d’auteurs », explique Gaël Le Nouëne.

Retour à Paris en 2007 où ils s’associent pour créer leur société. Le temps de se rôder via de multiples concours internationaux et en 2011 l’agence est nominée au Prix de la Première œuvre du Moniteur avec le projet des « Decks Bleus », 39 logements à Chalon-sur-Saône. En 2014, le trio reçoit le prix « Europe 40 Under 40 », organisé par l’European Centre for Architecture Art Design and Urban Studies et le Chicago Athenaeum Museum of Architecture and Design, récompensant les 40 architectes de moins de 40 ans les plus prometteurs en Europe.

« Nous travaillons sur plans bien sûr mais nous sommes surtout des constructeurs dans le sens où nous aimons particulièrement suivre le chantier sur le terrain et contrôler les phases de A à Z », précise l’architecte.

L’agence qui compte maintenant une dizaine de personnes, s’attache avant tout dans les différents projets menés à valoriser l’usager, à en faire un véritable acteur au sein d’une architecture réactive et évolutive. « Pour être fonctionnel, le bâtiment doit être logique quant à sa conception et son orientation solaire par exemple. Et bien entendu, le respect de l’environnement est la base, nous sommes d’une génération qui a intégré ces notions ainsi que l’usage des matériaux biosourcés ou de récupération. Ce n’est pas un slogan que nous mettons en avant mais cela fait partie des fondamentaux. »

En continuité avec l’espace public
Projet marquant et particulièrement remarqué des Atelier O-S : le théâtre Jacques-Carat que les habitants de Cachan ont retrouvé en septembre 2018 après quatre années de travaux de réhabilitation. « Nous avons remporté le concours en 2011 et notre parti pris a été de conserver la cage de scène qui a une histoire forte et de construire une nouvelle structure tout autour » note Gaël Le Nouëne.

Une salle principale rénovée, la création d’une seconde salle plus petite, des espaces de répétition, un lieu d’exposition, une cafétéria… : « tous ces éléments sont comme enveloppés par une nouvelle façade qui vient les unifier, qui coiffe le bâtiment comme un rideau de scène. » Les pierres moulées aux couleurs chaudes constituant cette façade offrent un relief ajouré qui se joue de la lumière créant des jeux de moucharabieh.

Le bâtiment est pensé comme un lieu de vie, avec en point d’orgue un grand foyer en béton brut et bois, ouvert sur la ville et conçu pour accueillir un large public et pas seulement les spectateurs. « Le foyer est une continuité de l’espace public, il est connecté à la rue, ouvert sur l’extérieur et relie tous les espaces du théâtre. Nous l’avons voulu comme une agora, un lieu de passage et de rencontre. »

o-s.fr
@ateliers.o_s.architectes
theatrejacquescarat.fr